Comment savoir quand il faut abandonner le plan et faire confiance à son instinct ?
« En général, cela arrive quand le plan ne fonctionne tout simplement plus. Imaginez que vous filmiez une interview et que soudain, quelque chose d'important se passe de l'autre côté de la rue. Vous pouvez revenir et refaire l'interview, mais ce moment inattendu ne se produira peut-être qu'une seule fois. C'est le genre d'instinct que j'essaie de suivre. Je veux toujours avoir un plan, un storyboard ou une ligne directrice, mais si la réalité m'offre quelque chose de plus fort, je ne veux pas que le plan m'empêche de le voir. »
À partir de quand une image devient-elle intéressante plutôt que simplement belle d'un point de vue technique ?
« Les images techniquement correctes peuvent être les plus ennuyeuses. Je pense qu'une grande partie de la beauté réside dans le fait d'accepter les erreurs et de ne pas toujours suivre les règles. Mais on ne peut vraiment se permettre d'enfreindre ces règles qu'une fois qu'on les a comprises. Il faut d'abord maîtriser l'aspect technique. Il y a bien sûr un temps et un lieu pour la perfection technique, mais pour moi, le plus intéressant commence quand on peut aller au-delà. »
Comment continuez-vous à évoluer en tant que créateur d'images ?
« Je pense qu'il s'agit d'éduquer sans cesse son regard. La photographie est liée à la culture : la lecture, la littérature, les expositions, les conversations avec d'autres artistes, les collaborations, le cinéma et les voyages. Mais cela peut aussi être quelque chose d'aussi simple que de s'ennuyer en ville et de se promener en observant ce qui nous entoure. Pour moi, la photographie pourrait presque se définir comme l'art de l'observation. Dès que l'on cesse d'observer, on cesse d'évoluer. »
De quel équipement Canon ne pourriez-vous pas vous passer, et pourquoi ?
« J'ai acheté un objectif Canon EF 17-40mm f/4L USM d'occasion à Tokyo il y a des années pour environ 110 €, et c'est avec lui que j'ai bâti ma carrière. Environ 80 % des prises de vue que j'ai réalisées avec des appareils Canon ont été tournées avec cet objectif. Techniquement, il n'est pas parfait, mais il possède quelque chose que je ne sais pas vraiment expliquer : une touche ou un caractère particulier. Les caméramans qui ont travaillé avec moi ont fini par acheter le même objectif parce qu'ils l'ont ressenti eux aussi. »
Que pourrions-nous découvrir d'autre dans votre équipement qui vous aide à sublimer votre travail ?
« Je voyage généralement avec un vieux caméscope – l'un de ces "caméscopes de papa" du début des années 2000. Il offre cette qualité de vidéo "fait maison" que l'on reconnaît immédiatement. J'aime associer ce rendu à des séquences tournées avec des caméras cinéma Canon haut de gamme. J'apprécie de pouvoir jouer avec ces deux extrêmes plutôt que d'avoir un résultat parfaitement lisse et homogène. »