Est-ce la Lune qui est super… ou est-ce vous ?

4 min
Une immense superlune jaune se détachant sur un ciel noir.

Un peu des deux, en réalité.

Les superlunes sont fascinantes comme peu d’autres phénomènes visuels. Après tout, qui ne s’est jamais surpris à regarder le ciel en s’exclamant : « Oh, regardez comme la Lune est immense ce soir ! » Mais cette impression de taille n’est due… qu’en partie à sa proximité d’avec la Terre. Les facultés très spéciales qui rendent ce spectacle absolument saisissant, ce sont tout simplement les capacités exceptionnelles de nos yeux et de notre cerveau.

Lorsque la Lune tourne autour de la Terre, son orbite n’épouse pas la forme de notre planète. Cette orbite est plutôt « elliptique », ce qui signifie qu’elle est à certains moments plus proche de la Terre qu’à d’autres. Ce que l’on appelle « superlune » correspond au moment où la Lune est à la fois pleine et au plus près de la Terre, ce qui la fait paraître plus grande et plus brillante. Donc, oui, cette superlune est réellement plus proche de la Terre, mais elle est à peine 15 % plus grande et plus lumineuse qu’une pleine lune ordinaire. Cela ne suffit pas à rendre cette différence réellement perceptible à l’œil nu. Ce qui soulève la question suivante : que se passe-t-il pour qu’elle nous semble aussi gigantesque ?

Notre extraordinaire cerveau

Tout ce que nous voyons dans le monde résulte du travail remarquable qu’accomplit notre cerveau pour interpréter les informations que lui envoient nos yeux. Le « signal d’entrée » (la lumière réfléchie par ce que nous regardons) circule le long du nerf optique, traverse le thalamus et parvient au cortex visuel où il subit toute une série de processus cognitifs pour devenir « ce que nous voyons ». Jusqu’ici, tout cela paraît très simple. Or, le cerveau est le siège d’une activité intense, en raison notamment des nombreuses informations qui y sont déjà stockées. Par exemple, lorsque nous voyons une même chose à plusieurs reprises, il sait déjà à quoi s’attendre et tente rapidement de combler les lacunes. C’est ce que l’on appelle le « traitement descendant » : notre cerveau fait tout simplement preuve d’une grande efficacité, en anticipant ce qui va se produire, puis en intégrant les nouvelles informations pour créer l’image finale.

Il existe un exemple amusant qui illustre le fonctionnement de ce traitement descendant. On l’appelle l’effet Stroop. Pour mettre cet effet en évidence, on demande à des volontaires d’identifier la couleur dans laquelle les mots sont imprimés, alors que ces mots désignent eux-mêmes des couleurs (le mot « bleu » est imprimé en noir, le mot « jaune » en rouge, etc.). Si les deux correspondent, tout va bien : ce que le cerveau perçoit et ce à quoi il s’attend vont de pair. Dans le cas contraire, il éprouve des difficultés et ralentit. Ce à quoi il s’attend ne correspond pas à ce qui lui est présenté.

Deux schémas illustrant l’illusion de Ponzo (en haut) et l’illusion d’Ebbinghaus (en bas). Le schéma du haut représente deux échelles grises, placées côte à côte, surmontées de deux barres orange. Sur le premier, les barres orange semblent avoir des largeurs différentes ; le second montre qu’elles ont la même largeur en les reliant avec les deux lignes. En bas à gauche, on voit deux cercles orange : l’un est entouré de grands cercles gris, l’autre de petits cercles gris. En bas à droite, le même schéma montre que les deux cercles orange sont de la même taille en les reliant avec les deux lignes.

En haut : l’illusion de Ponzo En bas : l’illusion d’Ebbinghaus

Lorsque ce que nous recevons ne correspond pas à ce que nous voyons

Mais quel peut être le rapport avec les superlunes ? Eh bien, la taille inattendue de la Lune dépend peu du fonctionnement de nos yeux, si bien que l’expression « illusion d’optique » (souvent utilisée pour parler des superlunes) est en réalité quelque peu trompeuse. Comme pour « l’effet Stroop », ce phénomène est davantage lié au processus que notre cerveau utilise pour tenter d’interpréter efficacement les informations qui lui sont présentées. Les neurosciences n’ont toutefois pas encore tout à fait cerné l’origine précise de cette illusion d’optique liée à la taille de la superlune. Il existe néanmoins certaines théories très intéressantes :

L’ illusion d’Ebbinghaus consiste à placer deux cercles de taille identique côte à côte, l’un étant entouré de grands cercles et l’autre de cercles plus petits. Le deuxième cercle central apparaîtra plus grand que le premier. Cette théorie postule donc que la superlune paraît immense parce qu’elle peut être entourée d’objets qui créent cette illusion par comparaison.

L’ illusion de Ponzo est une autre théorie souvent invoquée. Elle utilise pour sa démonstration deux lignes droites qui convergent vers le haut (et semblent disparaître au loin), tandis que deux barres de taille identique se trouvent en haut et en bas. La barre du haut paraît plus grande que celle du bas, car l’esprit effectue (à tort) un ajustement pour compenser l’impression de perspective. Appliquée à la superlune, cette théorie suggère que le cerveau perçoit la Lune comme étant plus éloignée que n’importe quel point de référence situé à l’horizon et qu’il procède à un ajustement du même type.

Il existe une dernière explication : la théorie du ciel plat. Elle aussi fait appel à la perception des dimensions : le cerveau humain perçoit certes le ciel comme un dôme, mais comme un dôme aplati dont le zénith serait proche et l’horizon lointain. Lorsqu’il voit la Lune sur ce ciel plat, celle-ci lui semble bien plus grande à l’horizon qu’au sommet du dôme.

Et si l’on veut échapper à cette illusion ?

Certains disent que regarder la Lune entre ses jambes permet de la replacer dans une perspective correcte, mais vous trouverez peut-être cela un peu… acrobatique. Essayez plutôt de la regarder entre le pouce et l’index, comme si vous la teniez dans la main. Ou observez-la en l’isolant du reste de son environnement, par exemple en la regardant à travers un tube en carton.

Une chose est certaine : notre cerveau, cet instrument aussi incroyable que complexe, traite en permanence le monde qui nous entoure à des vitesses stupéfiantes. Chacun de nos sens, de même que l’ensemble de nos sens combinés, lui fournit plus de données que nous ne pouvons en assimiler. Les illusions d’optique, loin d’être considérées comme un « dysfonctionnement » cérébral, sont donc en réalité un formidable sujet d’étude pour la science. Quant à notre fascination illimitée pour les superlunes, elle constitue même un bon point de départ pour comprendre ce que cela signifie d’être humain et en apprendre toujours plus sur nous-mêmes.

Êtes-vous prêt pour la prochaine superlune ? Découvrez comment profiter pleinement du ciel nocturne grâce à ces conseils utiles.

Sujets connexes