Comment savoir quand on a gagné le droit de photographier l'histoire de quelqu'un ?
« Cela dépend de la situation. Parfois, la décision la plus éthique est de ne pas prendre de photos du tout. Il y a environ dix ans, j'ai passé six semaines dans un camp de réfugiés en Grèce. J'avais mon appareil photo avec moi, mais après avoir discuté avec les gens et compris ce qu'ils vivaient, j'ai réalisé que mes photos ne leur seraient peut-être d'aucune utilité. En tant que photographes, notre premier réflexe lorsque nous voyons quelque chose d'émouvant est souvent de prendre notre appareil ; parfois, le meilleur choix est de le laisser dans son sac. »
Le documentaire et l'art peuvent-ils cohabiter dans une même image ?
« J'essaie généralement de les distinguer, car leurs objectifs sont différents. Si je travaille pour une publication journalistique, les questions de vérité et de représentation sont fondamentales ; une installation artistique peut fonctionner différemment. Mais il est parfois impossible de les séparer complètement. J'ai un jour réalisé quelques portraits dans un camp de réfugiés, puis je ne m'en suis pas occupé pendant près de dix ans. Ces photographies ont fini par faire partie d'une installation artistique, dans laquelle les tirages disparaissent lentement dans l'eau de mer. Ce qui avait commencé presque comme un reportage est devenu une œuvre d'art des années plus tard – parfois, la forme finale d'une photographie met longtemps à se révéler. »
Qu'est-ce qui donne à une image le pouvoir de changer la façon de penser de quelqu'un ?
« Je pense que c'est une combinaison très rare de plusieurs éléments. La valeur émotionnelle est importante, mais il faut aussi être au bon endroit au bon moment. On peut être doué dans ce qu'on fait, mais il y a toujours une part de chance. L'autre élément important pour moi, c'est la sincérité. Il faut être honnête vis-à-vis de ce que l'on voit et de ce que l'on souhaite représenter. On peut tout faire correctement, puis, au final, on lance les dés en espérant que l'image touche les gens comme il faut. »
De quel équipement Canon ne pourriez-vous pas vous passer, et pourquoi ?
« Si je ne devais choisir qu'un seul équipement hybride Canon, j'opterais probablement pour le Canon RF 24-105mm F2.8L IS USM Z, car je peux l'utiliser avec différents appareils et il couvre presque toutes les distances focales dont j'ai besoin. Lorsque je l'ai utilisé avec la Canon EOS R5 C au Paraguay, un boîtier et un objectif m'ont apporté presque tout ce dont j'avais besoin sur le terrain. Je pouvais travailler en grand-angle puis passer aux portraits sans changer d'objectif, tout en conservant la même ouverture maximale et la même qualité optique. »
Que pourrions-nous découvrir d'autre dans votre équipement qui vous aide à sublimer votre travail ?
« De bons microphones sont indispensables, car j'essaie toujours d'obtenir la meilleure qualité audio possible. Un de mes professeurs m'a dit un jour qu'une mauvaise vidéo avec un bon audio peut encore passer pour un documentaire, mais qu'une bonne vidéo avec un mauvais audio est un désastre. Cela m'est resté. J'emporte également un filtre pour les tournages en intérieur, qui adoucit les hautes lumières et apporte une subtile lueur cinématographique, ainsi qu'un équipement de synchronisation par timecode pour travailler avec plusieurs appareils, enregistreurs et microphones. »