Vous n'aviez pas pour ambition de photographier le sport, mais c'est devenu votre spécialité. Comment décririez-vous votre approche particulière de la photographie sportive ?
« Je ne suis pas sûre de vouloir définir mon style à travers une esthétique visuelle spécifique, ni de vouloir me sentir limitée par une seule façon de créer une image. C'est peut-être parce que je suis encore en phase d'exploration ou parce que je n'ai pas encore suffisamment de recul par rapport à cela. Mais j'ai le sentiment qu'il y a quelque chose de peut-être organique et poétique dans ma façon de voir les gens, ou le monde, et je ressens clairement une dimension cinématographique dans ma photographie. Pour moi, la photographie a toujours été liée à l'idée du souvenir. Une photographie fige quelque chose qui était vivant pendant une fraction de seconde, et cette image continue d'exister longtemps après que l'instant a disparu. »
Y a-t-il eu un moment où vous avez eu le sentiment d'avoir trouvé votre voie en tant que photographe ?
« Je ne suis pas sûre qu'il y ait eu un moment précis. Quand j'étudiais le cinéma, je voulais consacrer mon mémoire de master à la poétique du corps. Mais quand je me suis mise à écrire, j'ai eu l'impression de ne pas savoir ce que j'essayais de dire. La photographie est devenue un moyen d'explorer ces questions. J'ai commencé à photographier des corps, des mouvements, des visages – en essayant de saisir ce que le corps porte en lui d'invisible : la force, la fragilité, l'intimité, la résistance, la joie, le doute, l'amour, le lien. Ce qui m'intéressait, c'était d'essayer de capturer quelque chose de vivant, et pourtant impossible à saisir. Je n'ai jamais trouvé de formule. C'est plutôt une question que je veux continuer à me poser : quelle est la formule dans ce cas précis ? Peut-être que rester curieuse et continuer à explorer cette question est une façon de s'engager sur une voie en tant que photographe. »
Vous êtes fan de macro. En quoi cette perspective sert-elle votre création d'images ?
« Il y a peut-être une part de nostalgie pour le microscope de mon enfance dans mon amour pour le Canon RF 100mm F2.8L MACRO IS USM. À la suite de mon documentaire avec Anaïs, j'ai réalisé quelques photos d'elle à l'aide de cet objectif. Je voulais montrer sa peau, ses cicatrices, son corps en gros-plan. J'ai réalisé des images de son corps à l'échelle microscopique que j'ai mis en parallèle avec des prises de vue de la nature à La Réunion : de la lave volcanique, des feuilles et d'autres éléments naturels. J'ai toujours aimé aller au plus profond des matières, et la macro est formidable pour cela. C'est un genre de photographie très spécifique qui m'aide à rendre l'échelle, et c'est quelque chose que j'adore faire, tant sur le plan esthétique que photographique. »
De quel équipement Canon ne pourriez-vous pas vous passer, et pourquoi ?
« Le Canon EOS R5 est tellement intuitif qu'il m'a donné plus de liberté lorsque je photographie le mouvement ou que je travaille dans des environnements où j'ai très peu de temps pour réagir. L'obturateur silencieux est extrêmement utile dans certaines situations, mais il m'a aussi fait prendre conscience qu'on perd parfois quelque chose dans la relation avec la personne que l'on photographie lorsqu'on n'entend pas ce bruit ; j'ai donc appris à l'utiliser au mieux. Si je peux disposer de l'EOS R5 et d'un objectif Canon RF 35mm F1.4L VCM, je suis comblée. Avec cette configuration, on peut aller presque partout. »
Que pourrions-nous découvrir d'autre dans votre équipement qui vous aide à sublimer votre travail ?
« Une photo de mon grand frère sur la plage quand il était enfant, prise par mes parents. Je la regarde régulièrement pour ne pas perdre le cap et me rappeler d'où vient cette curiosité. Des écouteurs, car la musique est souvent ma source d'inspiration avant de me lancer dans un projet ; j'aime tout, du classique au métal. J'ai aussi un petit kaléidoscope que je place parfois devant mon objectif pour explorer les formes, la fragmentation et différentes façons de cadrer. Parfois, j'ai aussi de petits miroirs, de différentes tailles, que j'utilise pour jouer avec la perspective. »