Dans quelle mesure la personnalité d'un photographe peut-elle avoir une incidence sur ses photos ?
« J'apprécie l'atmosphère conviviale en studio. Je suis une bonne communicante et n'ai donc aucun mal à mettre les mannequins à l'aise. Nous discutons, apprenons à nous connaître, écoutons de la musique à plein volume, de préférence du rock, et même si c'est un travail difficile, nous y prenons du plaisir, ce qui est toujours garant de meilleurs résultats au final. »
Votre style se caractérise principalement par la manière dont vous utilisez la lumière. Comment votre technique a-t-elle évolué au cours de votre carrière ?
« Avant, j'avais l'habitude de réaliser des prises de vues sur le terrain en utilisant exclusivement la lumière naturelle, mais c'était davantage le fruit d'un manque de confiance. Au fil des années, j'ai développé mes compétences en éclairage de studio, mais je préfère toujours la lumière naturelle. Lorsqu'elle pénètre par la fenêtre, elle apporte une note très artistique, similaire aux tableaux de Vermeer. J'aime également allier la lumière naturelle à des petites pointes d'éclairage, même de façon très "artisanale", en utilisant une petite lampe ou un flash. »
Quel est l'enseignement le plus utile que vous avez tiré de votre carrière ?
« Je suis à la fois extrêmement impatiente lorsque je travaille et perfectionniste, ce qui est épuisant. J'apprends à apprécier l'instant présent plutôt que d'être en permanence sur la route et de passer d'une séance à une autre sans réellement en profiter. Mais cela ne veut pas dire que je ne m'ennuie jamais. »
Y a-t-il une mission qui vous a marquée comme étant la plus poignante ou unique ?
« En octobre 2018, j'ai réalisé des photos pour FOXES Magazine lors d'un festival à Joshua Tree, en Californie, appelé Desert Daze. On m'a dit que j'avais cinq minutes pour prendre des photos en coulisse du groupe Eagles of Death Metal. Cinq minutes qui sont passées à 20, et Jesse Hughes, le chanteur principal, m'a tout d'un coup demandé : "Vous voulez voir mon arme ?". J'ai ri et lui ai répondu : "Ouais, bien sûr". Il est donc retourné dans sa chambre et est revenu avec son arme. Il a commencé à la charger devant moi et je n'ai pas cessé de prendre des photos de lui. Pendant ce temps-là, il m'a parlé de l'attentat terroriste qui a eu lieu lors de son spectacle au Bataclan, à Paris en 2015, où près de 100 personnes ont été tuées, et de ce qu'il a ressenti. Jusqu'à ce jour, je pense toujours que ces portraits sont parmi les plus poignants. »
De quel équipement Canon ne pourriez-vous pas vous passer, et pourquoi ?
« Le Canon EOS R5 Mark II est mon appareil photo de prédilection, je ne pourrais pas m'en passer. Pour moi, les meilleurs outils sont ceux qui ne vous posent aucune limite : ils vous offrent la liberté de vous concentrer sur vos idées et vous aident à capturer exactement les images que vous avez en tête. En ce qui concerne les objectifs, j'adore le Canon RF 28-70mm F2L USM, une telle plage focale dans un objectif zoom m'apporte le dynamisme dont j'ai besoin. Et j'ai toujours mon ancien Canon EF 8-15mm f/4L Fisheye USM dans mon sac. Il m'a aidé à orienter ma photographie dans une direction encore plus surréaliste. »
Que pourrions-nous découvrir d'autre dans votre équipement qui vous aide à sublimer votre travail ?
« On trouve généralement quelques prismes et différents filtres dans mon sac photo, et parfois même un peu de vaseline ! J'adore expérimenter avec tout ce qui peut modifier l'image directement dans l'appareil photo et lui donner un aspect plus onirique et irréel. Il m'arrive parfois d'appliquer une infime quantité de vaseline sur un filtre UV pour adoucir ou déformer certaines parties de l'image et créer des reflets et des imperfections inattendus. Je cherche toujours des moyens d'éloigner légèrement la photographie de la réalité pour la rapprocher de quelque chose de plus pictural et magique. »